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Bonjour à tous, De retour au procès de l'attentat du #14Juillet 2016 à Nice. Avec, aujourd'hui encore, une journée consacrée aux témoignages des victimes de ce soir-là.

Sep 30, 2022 · 7:49 AM UTC

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Stéphane est le premier de la journée à s'avancer à la barre. Il est venu avec une clé USB contenant des photos de Rachel, son épouse, décédée ce soir-là. " "Ce soir-là, nous étions avec les enfants, de 12 et 7 ans, on était de passage à Nice."
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Stéphane : "Rachel avait trouvé, à la dernière minute, un peu par hasard, un voyage en Corse. Et on a décidé de prendre le ferry depuis Nice le 15 juillet. On a fait la route le 14, on est arrivés vers 19h. On ne connaissait pas du tout la ville."
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Stéphane : "on se gare, on descend sur la Prom' et on trouve un restaurant. Il y avait une ambiance festive, il y avait des enfants avec des ballons, les gens étaient joviaux. Puis, on décide d'aller prendre une glace. Là aussi, il y avait un parfum d'insouciance."
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Stéphane : "après le feu d'artifice, on a voulu vite quitter la foule. On se levait tôt le lendemain. Et puis, on voit un camion qui fonce et arrive très vite, qui fait des zigzags. Rachel avait sa main dans la poche de mon jean. J'ai juste senti sa main glisser."
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Stéphane : "pour comprendre la puissance, il faut imaginer un quai de gare et un train qui passe sans s'arrêter. C'est cette puissance, ce souffle."
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Stéphane : "le camion me percute, il m'envoie en l'air. J'ai mal. Je suis paralysé par la douleur. Et je vois le camion qui continue. On voyait les victimes projetées en l'air. Et puis les victimes qui étaient happées et passaient sous le camion."
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Stéphane : "c'était comme si une main de géant les avaient pris comme des poupées de chiffons et avaient fait une boule. Et puis, on a entendu les coups de feu. Quelqu'un a crié : "ils reviennent finir les blessés".
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Stéphane : "les enfants n'avaient rien. Rachel était derrière moi. Je ne pouvais pas la voir, j'étais paralysé. A côté de moi, il y avait une dame totalement désarticulée."
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Stéphane : "j'avais envie d'hurler, de bouger. Et en fait, j'étais coincé. Les enfants faisaient des allers-retours entre Rachel et moi. Ma fille Noémie me décrivait les soins qu'ils faisaient à Rachel. Puis, à un moment, elle m'a dit : "ils ont mis un drap blanc sur elle."
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Stéphane : "j'ai demandé aux pompier : "est-ce que Rachel est morte?". Il m'a dit : "tu vas devoir être courageux, t'occuper de tes enfants." Dans le camion des pompiers, ce qui m'a marqué pour des années c'est le visage des enfants, ils avaient ce masque, c'était des zombies."
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Stéphane : "pendant des mois après, on est resté ensemble avec les enfants. Même à dormir ensemble."
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Stéphane : "j'ai eu des fractures ouvertes, des côtes cassées, la mâchoire cassée. Dans mon dos, mon polo avait fondu. J'ai eu beaucoup de douleur."
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Stéphane : "après, se met en place une espace de processus que vous ne maîtrisez plus. La récupération des objets : "des bagues, une montre blanche ..." Puis, derrière une vitre, on voit au loin le corps de Rachel."
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Stéphane : "comme le corps de Rachel était à Nice, on a du choisir le cercueil à Nice, le capiton couleur champagne. J'aurais jamais cru que j'allais devoir ouvrir les valises de nos vacances pour trouver une robe qui allait l'accompagner pour l'éternité. "
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Stéphane : "avec Rachel, on s'est rencontré en 1991, il y a 31 ans. Rachel avait à peine 15 ans. Moi j'avais une vie de dingue, je voyageais tout le temps. Et Rachel, contrebalançais complètement ça, elle était toujours calme, souriante. Elle ne vivait que pour la famille."
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Stéphane : "toutes les victimes vous le diront : elle ne méritait pas ce qui lui est arrivé".
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Stéphane : "la vie après l'attentat, c'est une autre vie. On était des zombies. Le 21, on a fêté l'anniversaire de Noémie. C'était pas vraiment la fête. Mais 3000 personnes sont venues nous soutenir autour de notre salle."
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Stéphane : "les semaines ont passé, puis les gens sont repartis. Et un matin, devant son dressing, j'ai vraiment compris : elle ne reviendra pas. Et je n'ai même pas pensé à elle ou à moi. J'ai pensé aux gamins : "qu'est-ce qu'ils ont fait pour mériter ça?".
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Stéphane : "puis c'est la rentrée des classes, la reprise du boulot. J'ai vendu la moitié de mon entreprise. Et je me suis focalisé sur ma vie de papa. Mais à la maison, on était à cran. Il y avait beaucoup de colère, de disputes, une intolérance aux maux des autres."
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Stéphane : "il y a quelque chose qui est indescriptible et que j'espère que vous ne connaîtrez jamais. C'est le manque de l'autre. J'ai des centaines d'exemples à vous donner. Le pire c'est le sursaut dans le lit, en pleine nuit. On se dit, elle est allée faire pipi. Puis non..."
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Stéphane : "il y a la culpabilité. Pourquoi elle et pas moi? Surtout qu'elle, j'en suis sûr, elle aurait élevé les enfants beaucoup mieux que moi."
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Stéphane : "les institutions ne nous ont pas protégés., nous ont même traités avec le pire irrespect. Mais heureusement, j'ai eu à nouveau espoir dans la justice, en lisant le dossier d'instruction, en venant régulièrement à l'audience. Ca m'a rabiboché avec le monde judiciaire."
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Stéphane : "de ce procès, nous attendons la vérité. Je veux comprendre les actions de chacun. On a bien compris qu'en matière de terrorisme, on n'a pas affaire aux couteaux les plus affûtés du tiroir mais, même émoussés, ça reste une arme."
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Stéphane : "les conséquences de leurs choix, de leurs non-choix, de leur passivité, ont détruit 86 familles, marqué des centaines d'enfants. Et de tout cela, il ne reste que de la colère, de la haine."
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Stéphane : "Antoine Leiris a écrit un magnifique livre : "vous n'aurez pas ma haine". Mais moi je n'arrive pas à le lire, je ne m'y retrouve pas. Tout ce que je peux leur tendre, c'est ma haine. J'espère qu'ils pourriront en prison. Je suis désolé de penser ça, j'en ai honte."
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Me Jacquin (défense) : "nous entendons votre douleur et votre colère. Mais l'appel à la haine que vous avez fait, est contraire à la dignité des débats." Le président ajoute : "vous avez le droit de ressentir de la haine, mais elle n'a pas sa place dans l'enceinte judiciaire."
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Place au témoignage de Bernard, 60 ans. "Ce #14Juillet 2016, mon épouse Marie-Pierre était contente d'aller assister au défilé militaire. Elle était contente parce qu'elle allait voir son frère, amiral, en tenue d'apparat."
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Bernard : "le choc a été d'une extrême violence. Le camion m'envoie balader, me roule sur les jambes et continue son chemin. J'essaie de reprendre mes esprits au milieu de tous ces corps sans vie."
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Bernard : "j'arrive à me mettre debout, à marcher et je pars comme un robot à la recherche de Marie-Pierre. Je vois des personnes agoniser et je ne fais rien. Je suis hagard, choqué."
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Bernard : "au bout d'un moment, je la trouve, au milieu d'autres corps, sur le ventre. Je lui parle, elle ne bouge pas. Je la retourne, je ne la reconnais pas. Son visage est couvert de sang, de cervelle. Au milieu de tous les corps déchiquetés, je ne sais pas ce qui est à qui."
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